Maintenir le lien culturel, au-delà de la pandémie

Malgré la pandémie, la direction des Affaires culturelles (DAC) continue sa mission de service public en amplifiant son soutien au secteur culturel de la Guadeloupe et des Iles du Nord. Explications avec François Derudder, Directeur des affaires culturelles. Texte Willy Gassion – Photo Lou Denim 

François Derudder - directeur DAC Guadeloupe
François Derudder

Le spectacle vivant en particulier et la culture en général ont pâti de la crise sanitaire. Comment s’est adapté le secteur culturel en Guadeloupe à cette situation de crise ? 

François Derudder : La réduction drastique de la mobilité a, en effet, eu des conséquences immédiates dans l’économie de la diffusion du spectacle vivant dans la zone Caraïbe. Les formes d’expression artistique qui convoquent la présence physique du spectateur ont été quasi absentes, une situation d’autant plus préjudiciable que la tradition de la rencontre est au cœur de l’expression culturelle populaire aux Antilles. 

Cette situation ne doit pas masquer l’initiative et la volonté des acteurs locaux de chercher par tous les moyens à « faire face », « à inventer » ; s’adaptant aux contraintes du quotidien, s’appropriant des outils d’expression comme le numérique.

Je pense ici aux expériences de (re)diffusion de spectacle, de catalogue de films, d’exposition, aux réseaux sociaux donnant à entendre des podcasts littéraires. Une offre numérique et culturelle a vu le jour afin de mettre en valeur nos savoir-faire métiers, une série de production vidéo en support de médias locaux associant prévention, contenu éducatif et pédagogique, arts et traditions populaires.

« Culture chez nous », site et lieu de référence pour tous les acteurs culturels et pour les internautes a pris son envol. Il permet d’y trouver des contenus documentaires, films, livres, reportages, visites virtuelles d’expositions, concerts, ateliers artistiques et plastiques à faire chez soi… Les plateformes n’ont jamais autant prospéré.

Quelles sont les mesures qui ont été mises en place par le Ministère de la culture ? 

Roselyne Bachelot a pris des positions explicites demandant à ses services de mettre en place une série de mesures d’accompagnement du secteur avec deux types d’aide :

  • D’abord les mesures générales dédiées aux entreprises touchées par les restrictions d’activités liées aux mesures de lutte contre la pandémie : fonds de solidarité, activité partielle, exonération de charges sociales, etc. sont prolongées jusqu’à la fin de l’année. Le secteur de l’évènementiel et les structures culturelles en bénéficient.
  • Ensuite les aides spécifiques à travers des fonds de soutien au cinéma, à la musique, au théâtre, aux livres, bibliothèque et arts plastiques. 

La DAC malgré la crise sanitaire a amplifié son soutien au secteur culturel de la Guadeloupe et des Iles du Nord… 

En effet en liaison avec le Préfet, le soutien de la DAC auprès des institutions, des compagnies, des artistes et des associations a été garanti, y compris quand il y avait ajournement de projets.

La consigne était de maintenir le lien avec un plan de continuité d’activité permettant aux acteurs culturels et patrimoniaux de trouver des réponses en cette période de crise.

« 5.4 M€ ont été engagés, accompagnés par une série de mesures exceptionnelles d’un montant de 580 000€. Toutes au bénéfice d’opérateurs guadeloupéens et en direction des réseaux professionnels du cinéma, des arts plastiques, des festivals, de la filière du livre et des bibliothèques. »

Malgré une année scolaire en pointillée, 157 projets ont été soutenus pour un montant de 400 000 euros. L’opération « Vacances culturelles », a déployé une offre répondant au besoin d’expériences collectives, de partage et de remobilisation des savoirs après la première période de confinement. Les enfants et les jeunes privés de ces apports se sont vus proposer des activités culturelles spécifiques et des rencontres avec des artistes.

Par ailleurs, l’employabilité des artistes et des intervenants en éducation artistique et culturelle a été une priorité sociale afin de permettre notamment aux intermittents de maintenir leur niveau d’activité.

Découvrez les mesures de soutien pour la Culture, secteur par secteur.

Enfin avec nos partenaires région et département, nous initions une action coordonnée en direction du Patrimoine culturel immatériel. L’accompagnement de projets résolument tournés vers l’avenir et les préoccupations des populations locales s’élaboreront au courant de l’année 2021 avec : 

  • la convention triennale 2020-2022
  • un appel à projet à hauteur de100 000 € /an (30 000 € Conseil départemental, 30 000 € Conseil régional et 40 000 € DAC). Ce dispositif a retenu six dossiers en co-instruction avec les collectivités.
En Guadeloupe, 99 demandes d’activité partielle dans le secteur culturel pour 566 salariés et 275367 heures. 301 demandes d’indemnisation pour 1515 salariés avec un volume financier qui dépasse le million d’euros.

La crise sanitaire peut-elle, selon vous, modifier à terme nos pratiques culturelles ? 

Cette crise a modifié en profondeur notre mode de travail avec une incidence sur les pratiques culturelles. Elle démontre la capacité des artistes à se connecter avec le public par la technologie, même si ces nouvelles formes d’expériences ne remplaceront pas le vivant. 

« L’épidémie a déjà révélé et accéléré, très probablement, des processus en cours, des formes de solidarité nouvelle, un besoin d’identifier une filière cultuelle entraînant la nécessité d’un circuit vertueux. »

La mobilisation du ministère reste bien présente avec la poursuite de nos dispositifs d’accompagnement et de développement des pratiques, et avec le travail entamé sur la connaissance et l’observation du territoire. Ainsi des mesures fortes vont marquer la rentrée de janvier 2021 :

  • Le lancement d’une étude sur l’impact économique des festivals, cartographie et typologie en lien avec les préconisations issues des Etat Généraux des Festivals.
  • La négociation d’un fonds d’aide à la diffusion avec les collectivités, un dispositif à construire en prise avec le territoire.
  • La poursuite de nos résidences de création autour du principe un lieu/une équipe/ des artistes.
  • Le rendu d’une l’étude sur les pratiques culturelles des Dom (Direction Etudes et Prospectives / Dac / Direction Insee Antilles Guyane).

Enfin, le plan de relance patrimoine avec un soutien renforcé au Patrimoine comme l’église Saint-Pierre – Saint-Paul, le fort Napoléon et la scène nationale l’Artchipel.

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