Le MACTe envisage 2021 : résidences & rayonnement international

Soutien à la création artistique, ancrage dans la langue créole, résidences de chercheurs sur les patrimoines de l’esclavage, rayonnement international… sous l’impulsion de Laurella Yssap-Rinçon, sa nouvelle directrice générale, Le MACTe, désormais « debout sur ses deux pieds, envisage 2021 »Texte Willy Gassion – Photo Lou Denim 

Laurella Yssap-Rinçon - directrice générale -MACTe Guadeloupe
Laurella Yssap-Rinçon

Dans le contexte sanitaire que nous connaissons, comment le MACTe continue-t-il à soutenir la création artistique ? 

Laurella Yssap-Rinçon : Nous montons en puissance en termes de soutien à la création artistique en inaugurant des résidences de chercheurs et d’artistes. Le MACTe avait déjà initié des résidences d’artistes mais nous innovons avec un programme pluriannuel de cinq artistes en résidence.

Ce ne sera plus une résidence ponctuelle mais véritablement un programme qui se construit en relation avec notre opération Mofwazé Le Macte qui consiste à redéfinir, réinventer l’exposition permanente, de la transformer donc de la « mofwazé » par l’intervention d’artistes, philosophes, d’auteurs et aussi de nos visiteurs. 

« L’exposition permanente a alimenté beaucoup de discussions, soulevé beaucoup de débats, ce qui est normal, puisque la question est complexe, elle a énormément d’aspects, on ne peut pas tous les embrasser sur 1500m2. Cette présence d’artistes nous permet donc d’aborder des points qui étaient absents de l’exposition. »

L’autre domaine dans lequel nous allons soutenir la création est celui du spectacle vivant. Nous avons lancé notre première résidence de création à l’occasion de la commémoration des 10 ans de la mort de Patrick Saint-Eloi, « Pawòl a Patrick, Mémwa a Saint-Eloi » qui devait être présenté le 19 septembre mais la seconde vague nous a poussé à reporter la représentation.

Ce spectacle sera présenté au public les 5 et 6 décembre avec aussi, on l’espère, une tournée un peu plus tard sur le territoire. 

Le confinement vous a contraint à la fermeture, vous privant ainsi de vos recettes. À combien s’élève le manque à gagner ? Comment se « réinventer », après cette parenthèse ? 

Sur le plan des recettes, le confinement nous a énormément impactés. On a rouvert en gratuité pour une durée de cinq mois parce qu’on s’est dit : il vaut mieux un musée gratuit rempli qu’un musée payant fermé. Puis on est redevenu payant.

Cependant la pandémie n’a pas mis en danger les finances du MACTe parce qu’on est très largement soutenus par la Région Guadeloupe, l’Etat, Cap Excellence, le Département et la Ville de Pointe-à-Pitre qui nous accueille sur son foncier. 

La pandémie nous a obligés à nous recentrer sur l’expression artistique et culturelle locale, à nous adapter en permanence. Ainsi la résidence de Ronald Cyrille en partenariat avec le Pérez Art Museum Miami (PAMM) devient une résidence connectée qui se fera en intégralité au MACTe, elle sera relayée par le PAMM à Miami.

« La pandémie nous oblige aussi à réfléchir à la façon dont on souhaite déployer le MACTe sur le territoire, ce qui était déjà un des axes du projet du MACTe An Nou qui consiste à faire des MACTe an déwo, c’est-à-dire à porter les opérations du MACTe dans les communes. »

On montrera un peu de notre collection, des spectacles vivants… les thématiques seront développées avec les communes. Les artisans et artistes des communes visitées seront associés à cette opération. 

Allez-vous accueillir d’autres expositions de renommée internationale comme ce fut le cas pour Le Modèle noir ?

Oui ! Le Modèle noir nous oblige et les Guadeloupéens n’en attendent pas moins (sourire). On avait un projet pour décembre 2020 qu’on a dû repousser.

Nous aurons en 2021 un projet de la dimension du Modèle noir dont nous ne pouvons pas encore parler, je peux juste vous dire que cette exposition viendra d’une grande institution américaine.

Exposition Le Modèle Noir - MACTe Guadeloupe
Exposition Le Modèle noir

Le Modèle noir a très bien marché, nous avons accueilli près de 40 000 visiteurs, c’est l’exposition la plus visitée au MACTe depuis son ouverture. Cependant l’exposition a eu du mal à démarrer en termes de fréquentation, il a fallu revoir la politique tarifaire, passer de 15 à 5 euros, pour voir la fréquentation remonter.

Certains jours, c’étaient jusqu’à 1600 personnes qui nous visitaient. Avec ce tarif modique, nous n’avons pas perdu d’argent, notre but en tant que service public n’est pas de faire de l’argent mais de proposer une offre culturelle de qualité.

« Le Modèle noir était la première grande exposition de peinture classique dans la Caraïbe. J’ai hérité du travail extraordinaire accompli par l’équipe précédente pour faire venir cette exposition chez nous. »

Précisément le MACTe a-t-il vocation à devenir le musée de référence de la Caraïbe ? 

Il n’y a pas d’institution équivalente de cette envergure-là, tous sujets confondus, dans la Caraïbe. Le MACTe a aussi vocation à devenir une référence sur le sujet, c’est cet aspect que nous allons développer avec nos résidences de chercheurs.

Nous accueillons en ce moment Manthia Diawara, chercheur malien et professeur d’anthropologie visuelle à New York University, qui a réalisé des documentaires sur le cinéma africain et sur Edouard Glissant. Et Terri Geis, historienne de l’art qui travaille sur le réalisme magique et le surréalisme dans la peinture.

« C’est par l’accueil de chercheurs de grande renommée internationale que le MACTe va aussi devenir une référence sur de nombreuses questions. »

La presse nationale et internationale s’intéresse beaucoup au MACTe, on reçoit beaucoup de demandes d’entretien de différents magazines dédiés à l’art et à la culture. 

Quel bilan faites-vous de votre première année à la direction générale du MACTe ? 

Cette année est passée extrêmement vite. Sur le plan des projets, il y a eu un accueil chaleureux et positif de la population. Notre défi était de reconstruire une structure administrative et financière, il a fallu faire face à la résistance aux changements.

Il y a aussi toujours ce problème de l’accueil des Guadeloupéens qui sont partis depuis très longtemps et qui reviennent en poste de responsabilité ; et même en 2020 ce retour au pays peut se faire dans la douleur. Cela a été une grande surprise de constater qu’on se mettait nous-mêmes en difficulté.

Ce que j’ai découvert, c’est qu’on est dans la détestation de soi et des siens, et qu’on a intériorisé l’idée qu’on n’est pas capables. Les talents qui sont sur place n’ont pas d’espace pour s’exprimer parce que les choses sont extrêmement verrouillées.

« Cette détestation de soi et des siens rejaillit avec une violence qui fait oublier tout le reste : pourquoi on est là, ce qu’on doit accomplir et notre responsabilité vis-à-vis de la population. »

Mais face à cela, il y a des gens extrêmement impliqués et motivés qui ont envie de grandir avec l’institution. On termine l’année avec une structure administrative et financière beaucoup plus assise et la mise en place de nouveaux projets.

Nous sommes debout sur nos deux pieds pour envisager 2021 alors qu’on était, à l’arrivée de la pandémie, embourbés dans de vieux schémas et d’anciens fonctionnements.

« La pandémie nous a permis de donner un nouveau souffle à l’institution et de nous réinventer. »

Mémorial ACTe
Darboussier, rue Raspail
97110 Pointe-à-Pitre
0590 25 16 00
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www.memorial-acte.fr

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