Réinventer le carnaval

« Fo pa janmen blamé on kontraryété » (À quelque chose malheur est bon), c’est en ces termes que Willy Abare, président de l’OCG (Office du Carnaval de la Guadeloupe), commente l’annulation du carnaval 2021. Cet ancien porte-drapeau du groupe Petit Pérou Band voit dans cette période sans festivités, l’occasion pour tous les acteurs du carnaval « de se réinventer et de réfléchir ensemble pour améliorer le carnaval guadeloupéen et l’ouvrir sur la Caraïbe. » – Texte Willy Gassion, Photo Lou Denim 

Cela fait deux ans que vous avez succédé à Louis Collomb à la présidence de l’OCG, quel bilan faites-vous de ces deux premières années ? 

Willy Abare : Je vais vous répondre avec honnêteté : je ne suis pas satisfait, je pensais apporter de la nouveauté mais cela n’a pas pu se faire à cause des moyens financiers qui ont été divisés par deux. Tout ce que nous voulions mettre en place n’a pu se réaliser, mais il y a tout de même quelques avancées.

« Nous avons réussi à mieux faire connaître l’OCG qui est aujourd’hui plus visible et mieux implanté. »

L’OCG doit prendre toute sa place dans le carnaval en s’impliquant davantage et notamment dans l’organisation des concours. Nous voulons édicter des règles qui fassent autorité pour éviter les sempiternelles contestations qui surviennent après chaque concours.

Par ailleurs, nous voulons rendre plus attractif le carnaval de la Guadeloupe, qu’il soit vu par des spectateurs de l’étranger et en particulier de la Caraïbe. Les spectateurs du carnaval en Guadeloupe sont principalement des Guadeloupéens.

Malheureusement nos moyens financiers ne nous permettent pas de promouvoir notre carnaval en dehors de chez nous. Nous ne pouvons pas nous déplacer, échanger, nous ouvrir sur la Caraïbe comme nous l’aurions souhaité pour montrer la richesse et la diversité de notre carnaval. 

« Le dimanche Gras en Guadeloupe, ce sont dix heures de défilé non-stop qui sont proposées, c’est un spectacle grandiose qui fait notre fierté et qui doit être vu par nos voisins caribéens. »

Dans le même temps, les représentants du carnaval de Sainte-Lucie viennent régulièrement en Guadeloupe pour communiquer sur leur carnaval, nous aimerions que ce même élan parte de la Guadeloupe vers la Caraïbe.

Willy Abare - Office du Carnaval de Guadeloupe

La Covid va priver la Guadeloupe de son carnaval cette année. Que compte faire l’OCG pour pallier ce vide ? 

La pandémie et l’absence de carnaval en 2021 sont une occasion pour nous de nous réinventer, d’être encore plus imaginatifs et de faire de nouvelles propositions. L’OCG va mettre ce temps à profit pour réfléchir à ce qu’il faut améliorer, pour avancer sur ses objectifs. Croyez-moi, ce ne sera pas du temps perdu. 

Nous devons avoir une réflexion profonde sur la pérennité de notre carnaval et sur ce que nous voulons en faire.

« On ne peut plus continuer à investir autant d’argent, jusqu’à 1000 euros, dans la réalisation d’un costume. Nous devons réfléchir à réutiliser les costumes d’une année à l’autre, à les transformer. »

Nous avons en Guadeloupe collectivement de l’imagination.  Je pense qu’après la pandémie, nous ne pourrons plus retourner dans ces mêmes excès.

Nous devons aussi mener une réflexion sur le statut de l’OCG : faut-il nous transformer en coopérative qui achète en gros les matériaux de carnaval et les revendre ensuite au meilleur prix aux carnavaliers ? C’est collectivement qu’on trouvera les réponses…

Quelle a été la réaction des groupes de carnaval à l’annonce de la suppression du carnaval 2021 ? 

Nous comprenons la décision du préfet, la sécurité de tous est notre priorité. L’OCG est allé à la rencontre des groupes de carnaval, nous les avons sondés :

  • 90% d’entre eux nous ont dit qu’ils ne souhaitaient pas que le carnaval ait lieu dans les conditions traditionnelles
  • 80% sont prêts à défiler si des propositions nouvelles d’organisation leur sont faites dans le respect des gestes barrières

Ils ont apprécié que l’OCG vienne vers eux, que nous les impliquions dans notre réflexion. J’ai toujours dit qu’il faut faire avec les carnavaliers mais pas sans eux.

Le carnavalier n’est pas en dehors de la réalité du pays, il est conscient de la situation sanitaire liée à la Covid et il ne souhaite mettre en danger ni la population, ni les membres du groupe auquel il appartient. Ce sont des gens responsables. 

Willy Abare

En dehors de cette crise, comment se porte le carnaval en Guadeloupe ? 

En apparence, il se porte bien, mais en réalité notre carnaval est fragile parce qu’il n’est pas suffisamment aidé.

« Notre carnaval est en train de décliner » 

En 2007 par exemple, il y avait 19 groupes à Ti mass, aujourd’hui, ils ne sont plus que 7. À L’OCG, on aime ce qu’on fait. Notre inquiétude est de savoir qui, après nous, voudra nous succéder pour perpétuer le carnaval, le faire grandir.

Les gens louent notre engagement qui, je le précise, est désintéressé, nous sommes bénévoles. Dans le monde du spectacle, les carnavaliers sont les seuls artistes qui payent pour se faire voir et admirer du public. 

OCG
carnavaldeguadeloupe.com

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