L'écrivain Simone Schwarz-Bart

La Solitude de Simone Schwarz-Bart

Une statue, un timbre à son effigie, Solitude est célébrée comme une figure majeure de la résistance à l’esclavage, et c’est comme si La mulâtresse Solitude, le roman d’André Schwarz-Bart décrié à sa sortie se trouvait aujourd’hui réhabilité. « Souvent les Hommes se trompent », constate Simone Schwarz-Bart. Texte Willy Gassion – Photo Jude Foulard 

Vous avez assisté le 10 mai à l’inauguration de la Statue de Solitude à Paris. André Schwarz-Bart lui a consacré un roman pour lequel il a été violemment critiqué. Dans Nous n’avons pas vu passer les jours, votre dernier ouvrage, vous écrivez à propos de ces réactions de rejet : « L’époque n’était pas propice à recevoir un tel roman, nous étions mis en quarantaine ». Comment vivez-vous aujourd’hui cette ferveur autour de votre « héroïne », à André et à vous ? 

Simone Schwarz-Bart : Tout ce qui nous a tracassé André et moi n’était pas vain, ce n’était pas des chimères, on n’a pas traité du sujet à côté du sujet, c’est tout cela le jugement du temps. Souvent les Hommes se trompent, beaucoup de chefs d’œuvre sont apparus bien longtemps après que leurs auteurs aient disparu.

Il y a eu une incompréhension regrettable, c’est le mot, on est frères dans les douleurs, ceux qui ne le comprennent pas ne sont pas dignes de leur douleur, c’est une indignité portée par ceux-là même qui devraient être dans la fraternité des mémoires.

Il y a beaucoup de cas comme celui d’André, voilà un homme qui écrit un premier chef d’œuvre : Le Dernier des Justes, on dit que c’est le Goncourt qui a été le plus vendu, il avait devant lui un boulevard, et il décide d’aller du côté des damnés de la terre, et là il reçoit le coup de grâce de leur part. C’est moi qui le dis, lui n’a jamais rien dit et il s’est contenté de rentrer en silence. À moi, il m’a apporté mon histoire avec Solitude et il avait raison parce que mon histoire, les mythes et légendes qui accompagnent les peuples me manquaient. Solitude m’a apporté la gloire de notre résistance à l’esclavage. 

« On est frères dans les douleurs, ceux qui ne le comprennent pas ne sont pas dignes de leur douleur. »

Que n’ont pas compris les critiques et intellectuels de l’époque ? 

C’était le début du temps de l’intimité ethnique. Le temps du sentiment identitaire exacerbé aux Antilles. C’est une minorité qui n’a pas compris André mais cette minorité est toujours la minorité agissante, celle qui fait le plus de bruit.

Penser aujourd’hui que nous vient d’André un timbre national à l’effigie de la mulâtresse Solitude, c’est formidable ! C’est notre histoire qui émerge à travers ce timbre, et c’est cela qui m’importe, et c’est cela qu’André et moi recherchions, le but est atteint. Je ne suis à l’initiative d’aucun de ces projets, moi, j’ai fait ma part, j’ai porté mon eau pour éteindre l’incendie.

Aujourd’hui encore (mercredi 11 mai, ndlr), je me rends à la Maison de l’Amérique Latine à Paris où a lieu le vernissage de l’exposition de photos du voyage d’André en Guyane, c’était en 1959. Après son Goncourt, il ne va pas au Fouquet’s mais il part sur le Maroni à la recherche des Boni. Voilà qui était André. Aujourd’hui je me dis : dommage que cet homme-là soit parti si vite. Tout cela berce mon âme. 

« Après son Goncourt, il ne va pas au Fouquet’s mais il part sur le Maroni à la recherche des Boni. Voilà qui était André. »

Qu’avez-vous retenu du discours d’inauguration d’Anne Hidalgo ?

Il m’a semblé exemplaire, elle a actualisé le combat de Solitude en appelant les jeunes générations à s’inspirer d’elle, à entrer comme elle en résistance. Elle considère Solitude comme une passeuse d’histoire et cela est tout à fait recevable. 

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